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vendredi 28 février 2014

Réflexion sur un tirage au sort dans le monde associtif comme plus démocratique...Ou pas !



Le tirage au sort dans la vie associative
Ces pages sont consacrées à l’examen de la proposition de Medhi Naïli visant l’attribution des responsabilités de l’association Média Citoyen Diois par tirage au sort. Formulée dans une intention démocratique et dans une association dédiée à l’information locale, cette proposition s’inspire de l’idée qui fait son chemin de la désignation des représentants politiques par tirage au sort. Néanmoins, il est notable qu’elle reproduise pour  la vie associative une réflexion sur la vie politique sans que ce qu’implique le passage d’un domaine à un autre ne soit éclairé. Je n’ignore pas que Meddhi Naïli n’a pas développé son point de vue et que s’il l’avait fait il ne m’aurait pas donné l’occasion de m’attarder sur le problème soulevé. Je montre qu’il existe une opposition décisive entre la vie politique et la vie associative et je retourne le questionnement là où il devrait se poser. J’attire pour cela l’attention sur le fait que la construction purement technique d’un procédé d’élection conduit à perdre le sens même de la démocratie et de la liberté. L’idée du tirage au sort des politiques qui a été formulée dès l’Antiquité gréco-romaine touche la vie de la Cité, c'est-à-dire pour nous, à l’élection des représentants à l’échelle nationale ou territoriale. A ma connaissance, les théories politiques n’étendent pas cette technique élective à la vie associative. Pourquoi ? Les raisons n’en ont pas été éclairées, c’est donc l’occasion d’y réfléchir.
- Lorsqu’elle est reprise par les démocrates, l’élection par tirage au sort est associée à une compréhension du sens et de la valeur de ce qui oriente la Cité. Elle exige cohérence et respect de la Constitution qui est le cœur de la démocratie politique. Si ce n’était le cas, la référence et le recours à cette technique électorale pourraient être utilisées pour déstabiliser la démocratie au profit d’un pouvoir arbitraire. Si la Constitution ne posait pas radicalement le caractère inaliénable des droits et des libertés des individus et des groupes, aucune technique électorale ne saurait garantir la vie collective de l’arbitraire et l’iniquité. Toute constitution démocratique fait appel à un formalisme sourcilleux en matière de procédures relatives à la sa révision. C’est qu’il est impossible de laisser le premier venu s’emparer du pouvoir de décider des orientations constitutionnelles et de les transformer à sa guise. Et c’est pourquoi quand elles ont été réfléchies et votées les citoyens doivent s’y soumettre et respecter les procédures extraordinaires de révision.
- On comprend par analogie pourquoi, dans une association, le  recours à la technique  électorale du tirage au sort ne saurait être décidée sans passer par une réflexion profonde sur le sens et le bien fondé de cette mesure dans le contexte associatif relativement aux orientations fondamentales établis dans ses statuts. L’orientation fondamentale de Média Citoyen Diois vise à restituer la multiplicité des formes de pensée et des formes de l’expérience dans la vie locale dans l’information proposée. La question est de savoir si l’élection de l’administrateur au tirage au sort soutien automatiquement les buts de l’association en même temps que son fonctionnement démocratique. Dans quelle mesure sommes-nous en droit d’appliquer à la vie associative les présupposés que la réflexion politique en matière de démocratie. 

1. L’opposition du politique et de l’associatif

- Il y a une différence fondamentale entre la vie d’une nation ou d’une commune et la vie d’une association. Les premières ont pour objet l’organisation pratique de la vie collective dans sa globalité et doivent donc traiter aussi bien d’élaboration et de l’application des lois, de la production économique, du travail, des transports, de l’éducation et de l’enseignement, de la santé des populations, de la protection de l’environnement, de l’habitat et de l’accès au logement, des arts et de la culture… Les secondes se préoccupent d’un champ particulier de l’activité humaine et lorsqu’elles touchent à la globalité, ce ne peut être que par une vision philosophique. C’est aussi ce qui distingue fondamentalement une association d’un parti politique qui a prétention à orienter et à diriger la collectivité toute entière. Une association a un but limité bien que ce but puisse convoquer une vision extrêmement large et ouverte de la globalité. Par exemple une association peut poursuivre le soutien de la richesse et la pluralité de la pensée à l’échelle locale, la sortie de nucléaire au bénéfice du développement de toutes les énergies alternatives, le développement des potentialités de l’enfance par la relation à toutes les générations, la créativité fondamentale de la personne par une forme particulière de pratique artistique comme la peinture, le théâtre ou la musique. Dans chaque cas, elle mobilise l’énergie de personnes profondément impliquées par la pensée du but et des formes d’action qui font sens pour elles. Chaque personne authentiquement motivée est donc irremplaçable. Dans une collectivité, les buts associatifs sont infinis de sorte qu’aucune personne n’est de trop quand elle s'engage dans une direction bénéfice de la collectivité. Or, la singularité des buts de chaque association est ce qui fait la profonde complémentarité de l’ensemble des associations. C’est pourquoi le tissu associatif  représente littéralement la vie organique d’une communauté locale.
- La totalité est embrassée par la vie associative comme unité du divers. Elle n’est en rien inférieure à la globalité revendiquée par un parti politique et qui, parfois, confine à la pensée unique et à l’intolérance. Que le politique concerne la société globale n’autorise aucun parti à prétendre contrôler une association qui agit dans un champ limité de l’activité sociale. Il faut au contraire assumer pleinement le fait suivant : la globalité de la vie associative est salutaire pour une communauté. On peut facilement observer que les associations émergent là où la vie collective et environnementale est dégradée. Et c’est leur mission que de restaurer ce qui peut l’être et au mieux de ce qu’elles peuvent faire. Voilà pourquoi la vie associative est indispensable. Sans elles, une infinité de blessures sociales et de manques ne seraient pas mêmes diagnostiquées par les institutions ou seraient ignorées comme inessentielles ou supportables. Ces « questions sociales » prises en charge par les associations sont les effets négatifs du caractère systématique de politiques qui se préoccupent insuffisamment du feed-back de la vie sociale. Aussi, est-il indéniable que la vie associative représente la conscience organique profonde d’une communauté et la forme de régulation la mieux à même, par la finalité et l’expertise, d’atteindre les causes profondes des maux sociaux et environnementaux.
 2. La formation du tissu associatif
- Lorsqu’une association participe à la création de liens entre les associations locales, elle se décentre de son activité pour considérer les buts de toutes les autres. C’est ainsi que la vie associative prend progressivement une conscience plus large d’elle-même. Chaque association peut ainsi entrer dans la danse à sa manière et de manière plus ou moins ouverte. C’est ce que fait Média Citoyen Diois en développant des relations avec des partenaires. Mais ces participations inter-associatives ne seraient pas sans la solidité des relations interpersonnelles, voire des amitiés tissées dans la longueur du temps. On voit bien que la question n’est pas de savoir si les partenaires de notre association plaisent à Pierre ou à Pauline. Ces liens reflètent l’orientation de l’association, son esprit. Ils ne sont pas le fruit de décisions bureaucratiques, mais d’affinités nées de la pratique sociale et vécues au fil des années au croisement des activités multiples des membres actifs. Ils se sont crées, voilà tout et compte tenu de ce que sont les hommes et les femmes à un moment donné et au cours du temps.  
-  Il faut donc en venir à l’élémentaire : ces liens reposent sur la constitution du tissu associatif sur le territoire. C’est le fait que chaque association à une conscience élevée de la signification de son action particulière dans un champ particulier qui lui fait pressentir sous des angles divers l’importance de cette forme de fédération que l’on appelle partenariat, réseau etc… Les liens émergent de manière formelle ou informelle et la seconde n’est pas moins bénéfique pour la vie collective que la première. Ces deux modes ne s’opposent pas. Loin de signifier une hiérarchie, ils coexistent en complémentarité. Mais celui qui ouvre les yeux trouvera que dans le domaine associatif les partenariats crées sont naturellement associatifs. Cela signifie qu’ils ne sont pas d’ordre politique et il est naturel que Média Citoyen Diois fasse de ce trait vertu. L’association cherche se relier de manière privilégiée à des partenaires associatifs et non à des partenaires politiques. Ce n’est pas mépris du politique, mais fidélité à un principe qui appelle à privilégier les liens associatifs unissant les individus autour des orientations fondamentales de l’association.
- C’est pourquoi une association qui ne méconnaît pas sa nature met à distances les idéologies politiques préformées qui dans notre culture prétendent guider absolument, c'est-à-dire de manière antagonique, les préférences. Elle développe des liens associatifs qui amplifient et unifient l’action de chacun et de tous. En creusant, l’observateur découvrirait que l’orientation commune qui fonde le partenariat est l’autonomie de la vie associative à l’égard du politique. Tel est le « but » de ces associations qui agissent dans des champs aussi différents  que l’éducation populaire et la culture, la connaissance de soi et le développement personnel, l’environnement et l’agriculture, la santé et la psychothérapie, la solidarité sociale et la socialité, l’initiative citoyenne et le développement local etc…
3. Contraintes et liberté de la vie associative
- J’attire l’attention sur les conséquences de l'opposition entre la globalité politique et la globalité associative. Il est évident qu’une association de protection du hérisson au niveau local ne réunira jamais un grand nombre d’adhérents acceptant d’investir leur temps et leur énergie pour ce but. A l’inverse, tous les citoyens sont appelés à voter pour le programme d’un homme ou d’une femme politique. C’est le sens du suffrage universel. Pourtant la protection des espèces naturelles est indispensable. C’est une nécessité, une exigence et un devoir collectif. Si cette association n’existait pas, l’hécatombe se poursuivrait dans la plus grande indifférence de la collectivité. Chaque association a une fonction d’alerte dans le champ qui lui est propre et quelle que puisse être le nombre d’adhérents dont elle se prévaut. Une association peut paraître isolée et il arrive qu'on se laisse aller à la croire négligeable, mais son action et sa vision sont indispensables à la vie collective. Aucune question soulevée par une association ne peut être tenue pour négligeable et il est parfaitement vain de batailler sur ce point. Aucune ne peut se prévaloir d’être supérieure. Et c’est en pensant ainsi que la vision de la complémentarité de toutes les associations d’une localité peut venir au jour
- Toutes les associations connaissent cette difficulté de trouver des forces vives, des personnes acceptant de se consacrer sans compter à la poursuite de ses buts. Il est serait absurde, que  dans des associations qui reposent sur la conscience et la motivation des membres actifs et où le bénévolat a une signification éminente, d’avoir par principe recours au tirage au sort des membres du CA et des responsables. Une telle option ne serait pas autre chose pas que la paralysie, la mort programmée, le suicide des associations. Dans notre culture, plus les associations sont grandes et leur statut national reconnu plus les responsabilités sont attractives car elles ont associées à une idée de pouvoir. Mais les petites associations locales qui constituent notre univers exigent beaucoup d’abnégation et peu de reconnaissance ou alors après des années d’effort. Le problème se pose de la même manière pour Média Citoyen Diois que pour notre association imaginaire de protection des hérissons. Le problème a trait au petit nombre d’adhérents dans les associations. Le tirage au sort amènerait à la responsabilité des personnes ayant peu de temps ou peu de motivation à investir et tendrait à mettre à l’écart celles pour qui l’investissement personnel est en adéquation avec la responsabilité collective.  La paralysie de l’association s’en suivrait ou même l’anéantissement de l’outil associatif. 
- C’est le caractère singulier, parcellaire et limité de l’activité associative qui fait la grandeur et l’expertise des associations ainsi que leur fragilité. Chaque association avec ses caractéristiques qui forment son identité a sa place dans le tout. Cette fragilité n’est donc pas sa misère ou sa pauvreté, mais sa richesse, son honneur et sa vertu. Elle est inhérente à la particularité de chacune et à la globalité complémentaire de toutes. Chaque membre d’une association devrait la regarder avec compréhension et fierté, mais de ce l’on méconnaisse la signification de la vie associative comme globalité complémentaire, il découle aussi que l’on ignore parfois ce que représente la fragilité de la liberté. Car c’est dans le champ de la liberté, dans l’espace ouvert de la libre définition des buts, que se meuvent les associations locales.
 4. Le modèle probabiliste
 - Les théories politiques du tirage au sort comme technique démocratique présupposent toutes que ce procédé aléatoire fournit, pourrait-on dire, un « échantillon » des citoyens bien plus représentatifs de la diversité des courants de la pensée politique qui traversent une société que les élections dans un système de parti. Elles posent radicalement la question, de la représentativité de l’assemblée constituante. Il est essentiel pour elles, et à juste titre, que la Constitution ne puisse être rédigée par une fraction des citoyens qui ferait prévaloir ses intérêts particuliers sur l’intérêt général. Elles veulent garantir que la constitution exprime toutes les tendances politiques de la société. Mais, cette représentativité, ces théories ne la réclame pas seulement pour l’assemblée constituante qui définit le cadre même de la démocratie politique. Elle vaut aussi bien pour l’assemblée législative qui est censée contrôler l’exécutif. On peut dire que la théorie politique du tirage au sort fait appel à un modèle probabiliste pertinent pour penser la représentativité et la pluralité dans le processus d’élaboration des lois et en particulier des lois constitutionnelles. Mais le caractère aléatoire de la désignation doit être effectif et reposer sur une population exhaustive à l’échelle nationale ou territoriale telle qu’elle est recensée par l’INSEE par exemple.
- Cependant toute personne ayant fréquenté les statistiques en sociologie ou dans les études qualitatives peut témoigner que la taille d’un échantillon aléatoire ne peut être décidée arbitrairement. Trop petit, il ne saurait être représentatif de sorte que les régularités observées ne sauraient être généralisées à la population étudiée sans erreurs grossières. Cela éclaire d’une certaine lumière notre problème. Que reste-t-il de cette théorie de la représentativité quand on l’applique aux petites associations locales où les candidats à la responsabilité effective se compte sur les doigts d’une main ? Le caractère aléatoire du choix des responsables dans les petites structures associatives au niveau local où la « population » des volontaires pour assumer ces tâches est particulièrement réduite ne peut avoir le sens que les théories politiques du tirage au sort sur la base de la population globale donnent à la représentativité des citoyens. On ne peut donc faire usage du modèle probabiliste de la représentativité et l’appliquer au fonctionnement d’une association singulière sans mettre en relief le changement de plan qui rend caduque sa pertinence.
- Une association ne cherche pas à ce que les administrateurs soient représentatifs de la population locale et personne n’a jamais pensé que l’association elle-même, c'est-à-dire, l’ensemble de ses membres associés, puisse refléter les diverses opinions de cette population. L’association à une pensée et une activité qui lui est propre et celles-ci peuvent être incomprises par une partie de la population, décriée par la bonne conscience ou discréditée par la majorité politique, elle ne reste pas moins légitime dès lors qu’elle demeure dans l’ordre de la légalité. Une association qui prône la sortie du nucléaire ne prétend pas recruter des adhérents favorables à son extension pour mieux refléter l’opinion. Toute idée de représentativité des administrateurs est exclue. Elle l’est même relativement aux adhérents. Le fait de tirer au sort huit administrateurs sur les trente membres ne garantit nullement que le CA représente la pensée des adhérents. La population est trop étroite pour entrer dans la logique des grands nombres. Et à plus forte raison si on prétend désigner de cette manière le responsable d’une tâche quelconque parmi des volontaires. On peut certes le tirer au sort, mais il serait absurde de faire valoir une quelconque vertu démocratique de cette procédure  au regard d’une représentativité aléatoire. On pourrait tout aussi adopter la règle suivante : le premier qui dira le mot « je » ou se grattera l’oreille deviendra trésorier ou encore le premier qui critiquera un membre absent aura en charge la communication de l’association. C’est pour éviter le non sens en quoi consisterait la désignation aléatoire des responsables parmi l’ensemble des adhérents que vient l’idée de retenir la base des volontaires. Mais on y vient pour aussitôt dissoudre le sens du volontariat et du bénévolat dans l’intervention du hasard qui comme une main providentielle choisira celui qui doit être choisi. D’où vient l’idée de mettre au rebut le processus de la décision démocratique dans la vie associative ? 
5. La démocratie directe
La critique de la démocratie politique dans le système de partis incline certains à rejeter l’esprit de la démocratie directe qui ne trouve pas sa place dans la vie politique parce qu’on le craint, mais  qui fait partie du quotidien d’une multitude de structures dans la vie associative. Cet esprit anime des millions de personnes. La vie associative diffère en tout point de la vie politique instituée. On est loin des conditions de l’élection des représentants dans notre culture politique.  L’orientation fondamentale et les buts concrets que l’association poursuit demeurent l’affaire des adhérents qui les ont définis et les font évoluer. Parce que les buts sont singuliers et limités, ils n’échappent pas à la compréhension et à la visibilité de chaque adhérent et les administrateurs ne peuvent rendre illisible leur propre activité. Les actions sont réalisées dans l’espace local et ils sont observables par tout un chacun comme le sont leurs résultats. On comprend pourquoi il est dangereux pour l’esprit et la vie des associations de présenter comme une solution miracle et une nouvelle norme démocratique le tirage au sort des administrateurs d’une association. L’usage normatif de cette technique élective ferait obstacle à son examen critique. Mon opinion est qu’il est vital d’interroger les conditions et la manière dont la référence au tirage au sort dans la vie associative risque de devenir le cheval de Troie d’où peut sortir l’élément susceptible de subvertir les principes démocratiques eux-mêmes. Je dis que cet examen est déterminant pour la culture associative et qu’il en va de la liberté d’association. Et pourquoi ? Parce qu’en empruntant un caractère normatif, arbitraire et purement technique, la référence unilatérale au tirage au sort des responsables associatifs tend à détruire les deux principes qui fondent cette liberté, à savoir le vote des statuts et le vote des administrateurs par les adhérents.
- Or, ces deux votes sont associés car ils constituent ensemble le contrat associatif par les voies de la démocratie directe. Tous les individus adhèrent aux statuts qu’ils ont élaborés et nomment ceux qui, parmi eux, se proposent de soutenir les orientations fondamentales déterminées par les associés et de les mettre en œuvre. C’est par un acte individuel qui fait sens pour lui-même et pour le groupe  que l’adhérent désigné pour accomplir telle ou telle fonction sert bénévolement ou contre rémunération les buts de l’association. Les petites associations qui pratiquent de manière plus ou moins formelle la démocratie directe n’ont, en effet, nullement besoin de mettre en place un corps intermédiaire et encore moins de se référer à un parti politique pour poursuivre leurs buts concrets et remplir leur mission. Les administrateurs et les responsables se conforment aux statuts et à l’orientation fondamentale de l’association. La « représentativité » des administrateurs ne tient ni à une théorie ad hoc, ni au hasard, mais au fait bien réel que les adhérents se prononcent régulièrement, de manière formelle et de manière informelle, sur le respect des buts, sur la légitimité des actions engagées, sur la qualité des résultats et ainsi sur ce qu’est l’association et sur son évolution. La loi 1901 a été suffisamment sage pour laisser aux associations toute liberté de définir leurs buts et leurs modes d’organisation. Un grand nombre d’associations choissent naturellement la forme associative de la démocratie directe, ce qui donne à penser que les associations sont les véritables ferments de l’esprit démocratique dans notre culture et cela bien en deçà  et de manière bien plus profonde que la forme instituée de la démocratie politique. C’est le terrain et le terreau sans lequel aucune démocratie politique ne peut prendre racine et faire culture.
- Par un notable paradoxe, la référence au tirage au sort des responsables et administrateurs associatif, permet d’occulter la forme directe de la participation démocratique dans les associations. La théorie politique du tirage au sort bouscule les croyances politiques et les certitudes partisanes. Mais pourquoi cet empressement à déplacer dans le domaine de la société civile une réflexion politique sérieuse en prenant le risque de tordre le cou à la liberté d’association ? L’inconscience des enjeux et de la tournure liberticide de l’application automatique de la théorie politique du tirage au sort à la vie associative montre combien notre pensée demeure prisonnière des formes qui constituent notre habitus et peine à reconnaître que la vie associative est le levier qui peut nous faire découvrir la vraie valeur de la démocratie directe et de la tolérance qui nous ont été volées ensemble au détour du politique dès les origines de la République. Il faut encore nous demander si cette inclination n’est pas une manière d’annexer la vie associative à une pensée hégémonique du politique qui n’a pas fini de hanter notre culture, une pensée autoritaire et instrumentale du politique où les citoyens ne sont que des faire-valoir pour l’accession ou le maintien au pouvoir. Cela signifie que le sens de la démocratie directe est insuffisamment enraciné dans notre culture et qu’il lui faut aller à contre-courant de cette médiation systématique par le corps politique séparé qui définit la démocratie indirecte et pérennise ses pesanteurs et ses abus.
6. Une technique parmi d’autres
- Dans la théorie politique, le tirage au sort ne recrée pas seulement la diversité des opinions, elle a pour effet de rendre impossible, sinon de manière hasardeuse, la répétition et le cumul des mandats. Il s’agit là d’un effet automatique qui découle, en principe, de l’instauration de la pluralité comme image représentative la citoyenneté. Mais si dans la vie associative le tirage au sort des administrateurs et des responsables ne peut être justifié par le modèle probabiliste de représentativité, il peut l‘être néanmoins et plus modestement comme technique de participation sans pouvoir se substituer aux formes de la démocratie directe dans les associations.  
- Comme on le sait, les bonnes volontés activement investies se font désirer dans presque toutes les associations ou l’activité est essentiellement bénévole. Il est fréquent que les responsabilités reposent sur les épaules de quelque uns. Le fait est endémique. Mais il ne résulte pas d’une faiblesse démocratique et rien ne permet de consacrer le tirage au sort comme une panacée. Le travail associatif est prenant et extensif et parce qu’il exige beaucoup des militants, il rencontre les limites qu’opposent les occupations et la disponibilité de chacun. Compte tenu de l’importance sociale de l’activité associative, le problème soulevé devrait recevoir, dans nos sociétés, une réponse collective. Mais le travail civique des personnes au chômage qui est une réponse pertinente à l’échelle de la société et de la culture est insuffisamment encouragé par la loi et rencontre de fortes résistances y compris chez les premiers concernés. Aussi, les associations sont-elles tenues de réfléchir sans cesse à l’animation interne et la mobilisation de nouveaux membres en stimulant la participation.
- L’attribution des fonctions par tirage au sort peut prendre place dans les procédures participatives avec la rotation et le partage des fonctions. Il peut susciter des participations insolites qui surprennent les attentes. Ainsi, des tâches qui ne nécessitent pas un investissement conséquent en temps et en compétence peuvent être distribuées de manière aléatoire sur la base de la liste des adhérents. Il n’est pas impossible que les personnes désignées au premier, second ou troisième tirage se prennent au jeu et consacrent progressivement cette pratique dans l’association au bénéfice de la participation.
- Puisque la définition des buts de l’association et la déclinaison des actions concrètes appartiennent à l’ensemble des adhérents, le tirage au sort ne peut toucher que les fonctions techniques et d’une manière qui ne peut mettre en péril la continuité de la vie de l’association. Toute association comporte un domaine de compétence qui consiste en savoirs et en savoir-faire, un domaine d’expertise à développer et à transmettre. Pour la souplesse de son fonctionnement et la participation accrue, elle a donc généralement intérêt à élargir le nombre de personnes en capacité de remplir les fonctions concernées et possédant des éléments d’expertise. Aussi, le doublage d’une fonction technique représente-t-il un compromis intéressant en ce sens qu’il assure la stabilité de la fonction et en même temps que le partage de la compétence in situ. Dans le cas de Média Citoyen Diois, le noyau d’expertise propre au média est la gestion du site par le webmaster. Un co-websmaster pourrait donc être désigné par tirage au sort à un rythme à définir.  Le tirage au sort est devient, dans ce cas, une technique de participation parmi d’autres pouvant servir les buts de l’association.
7. La protection des orientations fondamentales
Mais ce n’est pas tout. Il est facile de montrer comment le tirage au sort, loin d’être toujours un moyen de la participation démocratique, peut devenir le moyen d’une instrumentalisation politique. On sait que toute association qui a un certain impact dans l’espace public peut devenir une cible pour les groupes politiques intolérants qui s’efforcent de la discréditer en externe, de la contrôler en interne ou de paralyser son activité. Il suffirait donc qu’un groupe de pression quelconque ou qu’un parti politique suscite artificiellement un grand nombre d’adhérents avant une assemblée générale visant le renouvellement du CA ou la nomination d’un responsable pour avoir une chance de contrôler l’association grâce au tirage au sort. La technique d’élection deviendrait un moyen fort simple de destruction de la vie associative. Cette considération est tout à fait générale, mais elle suffit à montrer que le contexte de la vie associative locale est décisif pour comprendre la signification des discours sur la démocratie associative par le tirage au sort des administrateurs. Il est évidemment possible de faire pression sur une personne élue par tirage au sort aussi bien que par le suffrage universel. Et rien n’empêche un administrateur élu par ce procédé d’appliquer un centralisme fort peu démocratique qui affecterait et paralyserait son orientation fondamentale par des conceptions politiques unilatérales. Aborder question de l’élection par tirage au sort comme pure technique ne peut aider à la réflexion sur la démocratie interne des associations.
- Une fois que l’on connaît les risques qui pèsent l’efficacité et l’autonomie de l’activité associative, on peut regarder tranquillement et lucidement les choses et s’interroger sur le sens des techniques d’élection sans perdre de vue le fil rouge que représentent les buts, les statuts de l’association, c'est-à-dire la « constitution » qu’elle se donne pour mission de préserver, de protéger et sans laquelle aucune action ne saurait avoir de sens, ni d’authenticité. Il me fallait revenir sur ces fondamentaux relatifs au sens de l’action associative pour remettre à leur place la référence aux techniques électorales. La vie associative peut utiliser des moyens multiples pour développer le sens de la démocratie en interne selon les pesanteurs que chaque association connaît et qui lui sont propres. Ce sont les obstacles spécifiques au développement de chacune d’elle qui doit trouver réponse et celle-ci ne viendra pas d’une solution technique dont l’application mécanique peut s’avérer puissamment contre-productive ou même aller dans le sens contraire aux buts de l’association.
8. L’incidence du politique sur la vie associative 
C’est l’évidence que la question soulevée par l’élection par tirage au sort se rapporte essentiellement au danger que représente pour la démocratie la construction centraliste de la globalité politique avec ses dérives autoritaires, oligarchique et politicienne au sens où le corps politique tend à se constituer comme corps séparé doté de privilèges dont l’immutabilité et le cumul des mandats ne sont les formes les plus visibles. On ne peut donc éviter de discuter sur les formes que prennent localement les tendances politiques hégémoniques et leurs incidences sur la vie associative. On ne doit donc pas s’abuser, ni se tromper de cible. C'est une exigence de partout. Le tirage au sort des représentants est avant tout, dans l’esprit des démocrates, un obstacle à la formation d’une oligarchie politique. La vie associative ne représente nullement, on l’a vu, un risque pour la démocratie. Elle vise le singulier de la réalité vécue comme voie de la globalité. Elle risque, au contraire, d’être compromise par l’intolérance politique au niveau nationale comme au niveau local.
Abdoulaye Fall

Die, le 23 février 2014
 Abdoulaye Joseph Fall, Doctorant en anthropologie analytique, s’intéresse particulièrement aux mythes et à la pensée symbolique dans nos civilisations. Il poursuit une recherche sur le statut du symbolique dans les conceptions anthropologiques des différentes civilisations pour mieux comprendre l'orientation des productions culturelles propres à l'Occident.
Il prépare une thèse sur « La construction de la pensée symbolique en anthropologie analytique » sous la direction de Michel BOCCARA, sociologue, chargé de recherches au CNRS (Unité de recherches "Psychanalyse et Pratiques sociales").
Il est familier du Diois et habite irrégulièrement à Die, Boulc, Bellegarde en Diois et Saillans.
Il est Rédacteur et Administrateur de MediasCitoyensDiois

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